Interview/ Pascal Logbo (Pdt NPR, Diaspora) : « La gouvernance Ouattara est une démagogie à haut débit »

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Président du Nouveau parti pour Rassemblement, Pascal Logbo, l’un des acteurs clés de la mobilisation pour la libération de Gbagbo dans la diaspora, se prononce sur le procès et juge la gouvernance Ouattara

 

 

L’opposition perd en Sangaré un élément de poids, n’est-ce pas ?

 

Permettez-moi de saisir cette occasion pour réitérer mes sincères condoléances ainsi que celles de mon parti aux familles biologique et politique de l’illustre défunt, après celles déjà exprimées dans une déclaration officielle de mon Parti. Effectivement son décès est une grande perte pour l’opposition. Nous avons perdu un homme de poids, au sens qualitatif des grandes valeurs qu’il incarnait.

Que gardez-vous de lui ?

Nous gardons de lui toute une école de parcours politique digne de servir de modèle et d’inspirer les nouvelles générations. Aujourd’hui la loyauté, l’intégrité, le courage et l’endurance sont des valeurs nécessaires qui donnent à la politique ses lettres de noblesse, mais qui sont de plus en plus rares dans le milieu politique ivoirien. Or Abou Drahamane Sangaré incarnait ces valeurs-là à un niveau très honorable. C’était un grand homme politique qui a su faire de la politique un sacerdoce, à l’instar du président Laurent Gbagbo dont il faisait partie des plus anciens et fidèles compagnons de lutte.

Un commentaire sur les morts en cascade dans les rangs de l’opposition ? Kouakou Firmin, Marcel Gossio, Raymond Abouo Ndori, Sangaré Abou Drahamane, ça fait beaucoup !

 

Comme vous le dites, ça fait vraiment beaucoup de morts dans nos rangs, au point de créer une certaine psychose sur la base d’une suspicion légitime face à ce qui laisse parfois penser à des morts suspectes. Ne trouvez-vous pas bizarre que la mort semble avoir choisi son camp dans la classe politique ivoirienne ? Se questionner sur ces morts pourrait conduire chacun de nous à adopter une attitude de prudence salutaire.

 

Quelle opposition, selon vous, pour affronter le RHDP en 2020 ?

L’opposition capable d’affronter le RHDP en 2020 sera celle qui aura la sagesse et l’humilité politiques de prôner le rassemblement et l’union, mais surtout qui saura agir efficacement dans ce sens. Il s’agira donc de ratisser large en fédérant tous ceux qui veulent le changement, y compris les déçus, les désillusionnés des autres camps. L’union fait la force, cette union n’est pas une option, c’est un impératif, si nous voulons réellement le changement. En outre, l’opposition qui pourra affronter le RHDP en 2020, c’est celle qui pourra revendiquer énergiquement et obtenir la réforme de la CEI (Commission électorale indépendante) pour qu’elle soit réellement indépendante et soucieuse de faire respecter les principes électoraux de la démocratie. Cette opposition devra aussi se donner les moyens de pouvoir sensibiliser son électorat à s’inscrire massivement sur les listes électorales et à participer massivement aux élections. Il faut une opposition capable de veiller sur le bon déroulement du processus électoral, sans faillir ni faiblir quand il s’agira de le faire respecter scrupuleusement. En résumé, il nous faut une opposition prête pour le combat, courageuse et déterminée, qui se donne les moyens de sa victoire.

Le rassemblement que Bédié appelle de tous ses vœux est-il réalisable, idéologiquement parlant ? Ou est-ce que vous pensez qu’il faut mettre en veilleuse certains principes-cadres telle que la souveraineté quand on sait que le PDCI, parti de Droite, est pour une « collaboration » avec l’ex-puissance tutélaire, pour donner une chance à une coalition à même d’envoyer Ouattara à la retraite ?

 

En politique, toute alliance sérieuse se fonde sur un objectif commun à atteindre et sur l’accord sur les moyens que l’on se donne pour y parvenir. La seule idéologie nécessaire à toute alliance possible en politique est celle du changement sur la base de quelques compromis, si nécessaires. Souvenez-vous du Front républicain créé par le FPI et le RDR dans les années 90. C’était quoi le RDR au moment du Front républicain ? Le RDR était composé d’hommes et de femmes de Droite, dissidents, issus du PDCI. Cette réalité politique avait-elle empêché le FPI de s’allier au RDR pour combattre le PDCI qui était leur adversaire commun ? Dans la perspective de 2020, seule la Realpolitik doit prévaloir comme elle a prévalu au moment de la création du Front républicain. Il nous faut taire les considérations idéologiques, les vieilles et petites rancunes, pour aller à l’essentiel se résumant dans des points de convergence, et pour rechercher l’efficacité dans l’action concertée d’un grand bloc uni. Seul l’intérêt supérieur de la nation doit motiver nos choix stratégiques. Il nous faut mettre fin à cette dictature, à cette politique de rattrapage ethnique, de népotisme, de gabegie et de surendettement de la Côte d’Ivoire. Vous parlez d’un PDCI favorable à une « collaboration » avec l’ex-puissance tutélaire, mais nous ne voyons pas les choses sous cet angle là ; Nous voyons un PDCI capable d’être un allié stratégique sûr pouvant nous permettre de nous débarrasser démocratiquement du régime d’Alassane Ouattara. Nous voyons un PDCI avec lequel nous pouvons avoir un consensus autour d’une politique de développement dans l’intérêt des Ivoiriens. Rappelez-vous que le président Laurent Gbagbo, pendant ses 10 ans de gouvernance a fait preuve de hauteur d’esprit, en intégrant le PDCI et le RDR dans les gouvernements successifs qu’il a présidés. Ainsi, nous pensons qu’une divergence du vue avec le PDCI au sujet de la question de la souveraineté nationale ne saurait être un obstacle fondamental à toute alliance salutaire pouvant sortir le pays des griffes du RDR alias RHDP. Par conséquent, nous pensons au NPR qu’il sera stratégiquement sage pour l’opposition de réfléchir sur les conditions de possibilité d’une alliance avec le PDCI-RDA. Sachez-le, si nous ne parvenons pas à une alliance avec le PDCI, ne soyons pas surpris de le voir retourner au RDHP avant les échéances électorales de 2020. Nous devons être prévoyants et savoir prendre de l’avance.

 

 

Un mot sur la gouvernance Ouattara ?

La gouvernance Ouattara, ce sont les violations des droits de l’homme, les prisonniers politiques, le non respect des principes démocratiques, le rattrapage ethnique dans l’administration publique, le népotisme, le surendettement de la Côte d’Ivoire face à une paupérisation massive des Ivoiriens, tout cela enrobé dans une démagogie à haut débit qui tente de voiler la réalité d’une gouvernance catastrophique.

On vous voit très actif du côté de La Haye, où le président Gbagbo est en jugement. Pourquoi votre mobilisation ne faiblit pas ?

Notre mobilisation ne saurait faiblir, parce qu’elle tire sa force d’une cause juste que nous défendons avec ferme conviction. Elle ne saurait non plus faiblir, parce que nous gardons espoir que la justice triomphera des calculs et manipulations impérialistes qui ont monté de toute pièce ce faux procès contre le président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Qui détient la clé de la libération de Gbagbo ? Y a-t-il des tractations en cours dans ce sens ? Qu’en savez-vous ?

 

J’ignore l’existence d’une quelconque tractation en cours pour la libération du président Laurent Gbagbo. Ceux qui détiennent la clé de sa libération sont les juges en charge de son procès, pourvu qu’ils se décident de dire le droit et de juger en toute indépendance, en prenant en compte la vacuité du dossier de l’Accusation, comme l’ont prouvé les Avocats de la Défense. .

Votre Parti, le NPR, est membre d’EDS (Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté). Qu’attendez-vous de ce groupement politique ?

 

Nous avons salué la création de EDS et avons fait le libre choix d’en être membre, parce que nous estimons que dans la configuration politique actuelle et face aux défis majeurs auxquels l’opposition est confrontée, il y a nécessité de faire front dans l’union, afin de donner plus d’efficacité à nos actions et plus de chance d’aboutir à notre combat. Ne dit-on pas que l’union fait la force ? Nous attendons d’EDS des séances de réflexions stratégiques, afin de définir clairement et essentiellement nos revendications politiques devant conditionner notre participation aux élections de 2020. Une fois les réflexions faites, il faudra sensibiliser et mobiliser nos militants et sympathisants dans l’objectif de faire pression sur le pouvoir, afin que nos revendications obtiennent satisfaction, au cas où ce pouvoir ne nous invite pas à la négociation et au dialogue à cet effet. Nous devons agir plus et parler moins, surtout nous donner les moyens de notre politique.

 

En avril prochain, vous projetez l’organisation du second Congrès ordinaire de votre Parti à Grand Zattry, après celui d’avril 2014 à Abidjan. Pourquoi le choix de Grand Zattry et de quoi sera t-il question à ce Congrès ?

 

Nous avons fait le choix de Grand Zattry dans l’esprit de nous rapprocher davantage des militants où qu’ils se trouvent. C’est cet esprit qui avait également motivé l’organisation du premier Congrès de la jeunesse à Dabou le 20 août 2016. Je suis de Grand Zattry, et je pense que le choix du Bureau politique d’y organiser notre prochain Congrès sera l’occasion d’y faire davantage la promotion du Parti, dans l’espoir d’en faire un bastion solide de notre Parti. Dans cette vision, Abidjan ne sera donc pas le centre privilégié de nos grands rassemblements statutaires. A ce Congrès, pour l’essentiel, nous attendons mener des réflexions stratégiques sur l’implantation nationale de notre Parti, sur nos orientations politiques internes et externes, et définir notre vision de la politique nationale

 

Interview réalisée via le Net par Tché Bi Tché

 

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