Interview / Gnamien Konan (Pdt de la Nouvelle Côte d’Ivoire) « Les frais annexes et de concours sont une arnaque »

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Gnamien Konan, ex-Dg des douanes ivoiriennes, a été successivement ministre de la Fonction publique et de la réforme administrative, ministre l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et ministre l’Habitat et du Logement social. C’est donc un sachant. Connu pour ne pas avoir la langue de bois, et surtout pour être franc et direct, l’ex-Dg de la douane ne va pas avec le dos de la cuillère pour asséner ses vérités sur les inscriptions en ligne, sur le fonctionnement du Rhdp et sur la fraude à l’immatriculation des véhicules à la douane. Mais aussi sur les élections municipales et régionales du 13 Octobre. Interview !

 

La Nouvelle Côte d’Ivoire, votre parti, participe-t-elle aux élections locales du 13 octobre prochain

Non.

Pourquoi ?

D’abord, nous sommes un jeune mouvement politique. Notre priorité, c’est de nous organiser pour être le plus représentatif possible. La deuxième raison, c’est que pour nous, ce sont des élections qui n’ont pas vraiment leur raison d’être. Sauf à vouloir absolument donner un alibi à Alassane Ouattara pour un troisième mandat. Ce sont des élections perdues d’avance pour tous ceux qui ne sont pas du Rhdp unifié. Bien entendu, ils auront des succès ici et là. L’intérêt de ces élections, c’est de montrer qu’en moins de deux semaines, le Rhdp est devenu majoritaire en Côte d’Ivoire. Et offrir un boulevard politique et moral à Alassane Ouattara. Sinon, à quoi servent ces élections qui vont nous permettre de choisir des dirigeants pour 2 ans ? En 2020, il y aura un nouveau président de la République. Avec un projet qui est nouveau. Pour moi, le bon sens veut qu’après avoir choisi ce projet, qu’il y ait de nouvelles élections. On harmonise le calendrier électoral. Présidence, parlement et élections locales. Ces élections n’ont pas de sens parce que l’arbitre qui est la Cei est contestée par toutes les parties. On ne peut pas être démocrate et aller à des élections, en étant le seul qui soit d’accord avec l’arbitre. Même si tu gagnais, tu n’en retirerais aucune fierté. Voilà les raisons qui ne poussent pas un jeune mouvement comme le nôtre à participer à ces élections.

Le 6 Aout dernier, Ouattara confiait à la Nation qu’il a instruit le gouvernement à revoir la composition de la Cei. Récemment, de retour de Chine, il a tenu un autre discours, estimant que la réforme dont il parlait ne concernait que la présidentielle de 2020. Un commentaire ?

C’est le commentaire que je viens justement de faire. Normalement, si on est démocrate, si cette Cei était légale, à partir du moment où sur presque 200 partis politiques, il y a un seul qui est d’accord avec la Cei, on aurait dû se dire, il faut revoir les choses. Puisque la majorité est contre. La démocratie, c’est cela. Il faut que l’arbitre soit accepté par la majorité. Pour moi, si Ouattara fait ces élections, c’est qu’il n’a pas choisi la démocratie pour la Côte d’Ivoire.

Des personnes soupçonnent Ouattara de chercher à gagner du temps avec cette Cei et opérer un passage en force en 2020. Partagez-vous cet avis.

J’ai ce cauchemar moi aussi de temps en temps. Pourquoi il se donnerait du mal à changer cette Cei qui lui a tant donné.

Le Pdci a officiellement demandé le report des élections et la réforme de la Cei. Il n’a pas eu gain de cause,  pourtant il reste en lice pour compétir.  Ça vous surprend ?

Moi je ne vois pas pourquoi le Pdci se présente à ces élections.  Ce que les maires n’ont pas pu faire en 8 ans, ce n’est pas en 2 ans qu’ils le feront. Il n’y pas une véritable décentralisation. Les gens n’ont pas les moyens de travailler. Chacun veut juste dire « je suis maire, je suis président du Conseil régional », c’est tout. Ils n’ont pas les moyens de travailler. Entre son départ du Rhdp qu’il était en train d’assumer, et ne pas aller aux élections, le Pdci n’a pas vite compris les enjeux.  A y voir de près, tout est moins cohérent.

Si vous devez laisser un message aux Ivoiriens relativement à ces élections, que leur direz-vous?

Nous a déjà dénoncé les conditions dans lesquelles s’est déroulé l’enrôlement. On était réservé. On a proposé d’utiliser le fichier de l’Oni qui contient toutes les informations dont on a besoin pour voter. On a dépensé 4 milliards de Fcfa pour avoir 400 000 enrôlés sur 3 500 000 attendus. Depuis lors, on est réservé. Mais comme tous les Ivoiriens, nous sommes soucieux du climat social et de la paix. Nous n’allons pas demander aux Ivoiriens de s’armer de gourdins pour faire ceci ou ne pas faire cela. Nous laissons chacun avec sa conscience pour réfléchir et tirer les conséquences. Les élections de 2020 sont très importantes. Ce sont les élections de la dernière chance pour la Côte d’Ivoire. Donc que les Ivoiriens restent calmes. Tout ce qu’ils peuvent faire dans le calme pour que ces élections n’aient pas lieu, qu’ils le fassent.

Parlez-nous un peu du mode de fonctionnement du Rhdp dont votre ex-parti, l’Upci, était membre?  

Pour moi le Rhdp n’a jamais existé. Je ne sais même pas s’il existe aujourd’hui.  Parce que quand un groupement politique existe, quand une majorité se met ensemble pour gagner des élections, c’est pour gouverner ensemble. Sur la base d’un projet. Une vision d’un projet politique. Et d’un programme de gouvernement. C’est sur ça qu’on travaille. Mais il n’y a jamais rien eu de tel.  Les membres  du présidium ne se sont jamais réunis pour prendre une quelconque décision. La preuve, il y a un seul qui dit : « Toi président, bien que toi et ton parti vous m’ayez soutenu, je ne veux plus te voir dans mon gouvernement ». C’est acté. Si c’était quelque chose de réel, ce n’est vraiment pas possible. Même pour faire sortir un militant d’un parti du gouvernement, on en parle avec ce parti ? Ça n’a jamais été le cas.

Votre ancien parti vit ce que le Fpi, le Mfa, le Pit…ont vécu, un schisme. Vous vous dites, tant pis pour eux, vu la façon dont vous êtes parti ?

Que le Pdci vit (Rires) !  Le Rhdp est organisé autour des intérêts. Les gens n’y sont pas par conviction. Certains comme nous ont pensé à une conviction, mais on a vite déchanté.  Si les gens veulent aller à la soupe étatique, ils vont au Rhdp. Tous ceux qui pensent à la Côte d’Ivoire n’ont aucun intérêt à y aller. Au niveau de mon parti, c’est la grande question. La question est de savoir si on préserve ses intérêts personnels ou on reste dans ses choix, dans ses convictions. Il y a des individus qui privilégient les intérêts personnels. Le Pdci l’apprend à ses dépens. Il y a des gens qui, grâce au Pdci, sont restés ministres pendant 10 ans, mais ça ne les gêne pas de laisser tomber ce parti.  Les gens de conviction sont rares. La majorité agit par intérêt.

Votre opinion sur la gouvernance Ouattara dans son ensemble…

Je vous ramène humblement au rapport de l’Union européenne. Nous quand on parlera, on nous dira « vous étiez dans ce gouvernement ».

Pour ceux n’ont pas lu le rapport…

Qu’ils cherchent à le lire.

Vous avez déclaré que l’inscription en ligne est une escroquerie organisée. Maintenez-vous cette phrase ?

Bien sûr !

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Les étudiants se réveillent maintenant, c’est bien. Que ce soit les frais de concours, les frais d’inscriptions, les frais d’orientation, c’est une vaste escroquerie organisée par des ministres pour financer leurs propres activités ou pour financer leurs partis politiques. Et vous verrez que ceux qui font ça sont de grands dirigeants. Ils ont de hautes responsabilités. Ça ne va pas au budget. Moi je n’ai pas vu de traces au budget. Je suis passé à la Fonction publique, avant moi c’était le cas, après moi c’est le cas. A l’enseignement supérieur, c’est la même chose. A partir du moment où on dit « on informatise quelque chose, c’est pour supprimer les charges ». Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier cela, c’est de l’arnaque. Ou de l’escroquerie.

Que proposez-vous comme solution ?

Il faut les supprimer simplement. Je l’ai fait. J’ai organisé les concours de la Fonction publique sans frais. La répartition des 6000 Fcfa de Kandia pour les inscriptions en ligne est rendue publique. Il y a des destinations. Mais l’argent n’arrive pas aux destinations.

Les véhiculés non dédouanés ont défrayé la chronique, alors que DG de cette régie, vous aviez mis en place un système informatique qui vous a permis d’avoir des résultats. N’avez-vous pas suffisamment mis de pare-feu ou est-ce que des gens sont prêts à tout pour  frauder ?  

C’est une procédure avant d’être un système. C’est un mode de fonctionnement des services. J’ai laissé un boulevard et les gens décident d’emprunter la piste. Si les gens décident de laisser cela pour faire autre chose, il n’y a pas de pare-feu à ça. L’ordinateur ne traite que les informations qu’on lui communique. Si un système est informatisé, il y a un agent ou un opérateur qui entre les informations.  Et ce sont ces informations que l’ordinateur traite. L’ordinateur ne poursuit pas les gens. La procédure était en place. Les gens ont décidé de passer outre. Parce que d’après eux, c’était trop lent. Ils ont trouvé des prétextes pour passer outre. Et on a constaté les conséquences.

Etes-vous candidat à la présidentielle de 2020 ?

Oui !

Quel est d’un trait les grandes lignes de votre programme ?

Lutter contre la corruption, la fraude fiscale, récupérer  ces 1000 à 2000 milliards de Fcfa perdus à cause de la corruption pour réhabiliter l’école et la formation, créer des entreprises, afin de donner du travail bien rémunéré à chaque Ivoirien.

Votre mot de fin…

On est tous en ce moment préoccupé par la paix sociale. On se demande où est-ce qu’on va. La seule solution qui nous permettra de sauvegarder le climat social, la paix, c’est que Ouattara annonce de façon claire, qu’il ne sera pas candidat en 2020. S’il peut donner la date de son retrait, ce serait parfait. C’est pareil pour Henri Konan Bédié. Qu’il se retire aussi. Idem pour Laurent Gbagbo. Même si nous prions tous pour qu’il sorte des griffes de la Cpi.  Pour moi, ce sont les conditions minimales raisonnables pour espérer avoir la paix. Tant que Ouattara nous laissera dans le flou, et persistera à dire lundi qu’il est candidat, et mardi qu’il a toujours dit qu’il n’est pas candidat, quand on regarde ses faits et gestes, on comprend une chose, ça sera difficile.

Interview réalisée par Tché Bi Tché

tbt552@yahoo.fr

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