Interview Bee Djo, commissaire général du Festival international du Slam d’Abidjan : « Nous avons besoin d’appui financier et d’accompagnement »

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Comment expliquez-vous cette 5e édition  du Festival international du slam d’Abidjan ?

La 5ème édition du Festival international du slam d’Abidjan aura lieu du 21 au 23 octobre 2021 à l’Institut Goethe à Cocody. Il dure trois jours. Il y aura un spectacle d’ouverture à l’institut Goethe le 21 octobre 2021. Le 22 octobre nous avons la finale de la 6ème édition du champion national de Slam. Qui nous ouvre les portes de la coupe d’Afrique et la coupe du monde. Et la grande nuit du slam prévue à l’institut français.

 

Concrètement qu’est-ce que le slam  pour vous?

Ah ! La grosse question ! Si on part de ce qui est inscrit maintenant dans les dictionnaires, le slam c’est de la poésie urbaine, orale, déclamée dans un lieu public. A la base, le slam c’est de la compétition de poésie. Le slam nait à partir d’une compétition de poésie  initiée par  notre Dady MacKen Smith à Chicago au début des années 1980 (1983). Progressivement, de compétition en compétition, il y a un film qui se réalise avec un des plus grands compétiteurs Sir Williams, qui arrive en France et qui remporte d’ailleurs un trophée, celui du premier d’un réalisateur ‘’La caméra d’or’’. Par la suite, le slam gagne du terrain avec des gars comme Allade, qui à partir de son premier album en 2006 intitulé ‘’12h20’’, propulse le slam dans la zone francophone. Donc c’est d’abord de la poésie, ensuite on en fait du spectacle, du livre, du disque. Cela devient un art transversal.

 

Quelle est la différence entre le slam et la poésie ?

Pour moi la frontière est très mince parce que le slam tire sa source de la poésie. On ne peut pas parler de slam sans parler de poésie. Le slam in fine c’est d’être dit. On n’écrit un texte pour le dire. Ce qui n’est pas forcément évident pour la poésie. La poésie classique reste dans le livre.  Et après le poète se détache après de son texte, puisqu’il vend en librairie. Alors que quand le slameur écrit, c’est pour le garder encore et le produire en spectacle. Le but in fine du slameur c’est écrire et dire. Et on ne le dit pas n’importe comment. Il y a du rythme, de la percussion, de la mélodie.

 

Lorsqu’on voit des griots mandingue dans un langage parfois péotique, vanter les mérites de certaines personnes au cours des cérémonies, peut-on dire que c’est une forme de slam ?

C’est de la poésie, mais ce n’est pas du slam. D’abord vous avez évoqué quelque chose, le griot  fait des louages  et puis dans la configuration, il y a une lignée de griots. Alors que tout le monde peut être slameur. Alors que tout le monde n’est pas griot.

 

Comment devient-on slameur ?

Il suffit  d’écouter, de regarder son environnement  et de dire ce qu’on voit, ce qu’on pense, peu importe la forme. Que le texte soit rimé ou pas. S’il est long c’est bien, s’il n’est pas long c’est bien.

 

Qu’est-ce que les slameurs peuvent apporter au processus de réconciliation et de paix en Côte d’Ivoire ?

 

Déjà avant les récentes élections, nous avons fait une campagne de sensibilisation à la paix. Nous sommes passés dans les cités universitaires. On ne le dit pas assez. Nous avons produit des vidéos de sensibilisation qui sont sur nos différentes pages Facebook. On peut ne pas être d’accord, mais une vie c’est une vie. Il faut respecter déjà la vie et après faire des concertations. Je n’aime pas le slogan qui dit que nous sommes la voix des sans voix.  Non. Nous sommes les témoins de notre quotidien. Donc nous rapportons ce qu’on voit, ce qu’on sait, ce qu’on ressent.

 

 

Que représente aujourd’hui le slam ivoirien dans l’écosystème du slam en Afrique et dans le monde ?

Nous sommes beaucoup respectés. Déjà en termes d’organisation, ce qui n’est pas valable dans les autres pays. Et puis, vous ne pouvez pas faire un festival en Afrique de l’ouest, sans qu’il y ait des slameurs ivoiriens. Ce n’est pas possible.

 

Que répondez-vous à ceux qui disent que vos honoraires sont élevés ?

Je suis slameur professionnel. Je vis de cela. Je suis un produit qui se vend. Il y a dix ans derrière, je n’avais pas le même prix qu’aujourd’hui. Et puis après, ça dépend des évènements. Mon cachet est évolutif en fonction des circonstances et des affinités qu’on a avec les gens. Ça  se négocie. Ce n’est pas un cachet figé tel dans les supermarchés. Nous avons des cachet pour toutes les bourses. Cependant je dis toujours, Si vous m’invitez à faire un déménagement, je le ferai gratuitement, ce n’est pas mon métier. Mais si vous êtes mon ami et que vous m’appelez pour animer votre anniversaire ou un évènement, vous allez payer un peu. Il y a l’amitié, mais il y a mon travail. Donc vous allez payer ma performance. Je ne ferai pas au même prix qu’ailleurs. Mais vous allez payer mon travail. Le travail ça se paie.

 

Si vous aviez la ministre de Culture en face de vous qu’allez-vous lui dire ?

Nous attendons beaucoup du ministre de la Culture. Nous avons eu pas mal d’appui institutionnel, il nous faut maintenant un appui financier (Sourire). Nous avons besoin d’installer des clubs à l’intérieur du pays et faire de la formation. Bientôt nous mettrons en place une fédération avec trois ou quatre clubs. Nous représentons la Côte d’Ivoire à la coupe du monde de slam. L’année dernière nous avons été classée 4ème sur 1 pays. L’avant la Côte d’Ivoire a été classée 6ème. Donc nous défendons le drapeau ivoirien. Bientôt il y aura la coupe d’Afrique des pays francophones au Burkina Faso. Donc, nous avons besoin d’appui financier et d’accompagnement. Nous remercions l’Institut Goethe, l’Institut français en Côte d’Ivoire et l’ambassade de France. Il faudrait que la Côte d’Ivoire apporte son appui.  Cela se fait de plus en plus. La ministre qui vient d’arriver est dans de très bonnes dispositions pour accompagner le slam.

 

Qu’avez-vous à dire aux ivoiriens ?

Je pense qu’on peut se divertir autrement. Le slam apporte une finesse dans l’intelligence, de l’élégance, surtout pour les enfants. Quand un gosse fait du slam, ce n’est jamais en vain. Il faut surtout faire venir les enfants.

Interview réalisée par Renaud Djatchi

 

 

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