Editorial : Rêve brisé

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La couleur dominante de l’actualité, c’est incontestablement la chasse aux Africains originaires du Sud du Sahara en Tunisie. Au nombre de ceux-ci, 500 ivoiriens qui ont décidé de retourner au pays sans atteindre l’Europe comme initialement rêvé.   Une fois n’est pas coutume, orientons notre analyse sur les candidats à l’immigration irrégulière. Il est douloureux de voir un être qui n’aspire pas au bonheur. Mais alors que représente le bonheur.  Il n’y a certes pas de bonheur sans argent. Faut-il pour autant réduire le bonheur à l’argent ? ce serait une vision réductrice dès lors que par exemple certaines personnes dépensent des sommes faramineuses pour recouvrer la santé ou pour obtenir une maternité. Ou encore pour retrouver un géniteur ou une génitrice qu’on n’a pas connu à la naissance. C’est dire que le bonheur peut s’expliquer par ce qui est utile, voire vital pour une âme donnée.  Aller en France peut donc être considéré comme un élément de bonheur. Tout dépend de ce pourquoi on part en France. Travailler et avoir de l’argent ? oui pourquoi pas. Intégrer un club de football et réaliser son rêve ? oui, pourquoi pas ? Mais les choses se passent par un jeu de forces sur lesquelles nous n’avons pas toujours de prises.  Le philosophe Spinoza appelle cela le déterminisme final. Pour dire que tout ce qui arrive, arrive en vue d’une fin. Pour faire simple, c’est le destin de chacun de réussir ou pas la traversée de la Méditerranée. Une amie mienne se trouve aujourd’hui en Espagne et fait un petit boulot. Je me dis que c’est son destin à elle. Ce n’est pas parce qu’elle a réussi qu’une de ses camarades aura forcément cette chance. La preuve ils seront environs 500 Ivoiriens à voir leur rêve brisé en Tunisie, alors que c’est justement dans ce pays que mon amie a fait un travail de nounou pendant environ 10 mois avant de migrer vers le Maroc et y passer pour rejoindre l’Espagne.  Je prends cet exemple parce j’ai vécu au quotidien cette brûler du fond d’elle. Elle expliquait cela par son niveau d’études, la Terminale qui ne lui permettait pas de passer un certain nombre de concours. Je l’ai encouragé et même aidé à obtenir le baccalauréat. Pour rentrer au Cafop. Hélas ! son rêve d’aller en Europe a continué à la consumer de l’intérieur. Un jour elle est venue me faire ses adieux avant de prendre son vol pour la Tunisie. Elle devait y rejoindre une cousine. Il faut dire que son désir de s’en aller prenait parfois une tournure maladive.   Mes tentatives de la dissuader se heurtait à un mûr. « On peut réussir en Côte d’Ivoire », lui disais-je . Il y a tout dans notre pays pour avoir le minimum pour vivre sa vie. Si et seulement si on n’est pas prétentieux, si on sait se contenter du peu.   Pourquoi les ressortissants des   pays voisins convergent en Côte d’ivoire pour chercher à gagner leur vie. Et ils réussissent dans le commerce du « garba » (semoule de manioc), du bois, même du café ou du thé, et réussissent à investir dans leurs pays d’origine.  La confidence d’un de mes anciens coiffeurs est éloquente. Parti d’une barraque à Angré 8e Tranche où il coiffait à 300 FCFA pour les enfants et 500 FCFA pour les adultes, il coiffe aujourd’hui les enfants à 500 FCFA et les adultes à 1000 FCFA, et tenez-vous bien dans un salon de coiffure climatisé. Il est propriétaire d’un immeuble au Burkina Faso où il se rend régulièrement.  Le véritable problème des Ivoiriens qui grossissent les rangs de l’immigration clandestine c’est le manque de patience ; c’est l’envie maladive de devenir riche au point parfois de signer des pactes avec le diable. Champions en cybercriminalité, les jeunes Ivoiriens excellent dans le phénomène de « brouteurs ». Ce n’est pas un hasard si la Côte d’ivoire figure en bonne place des pays les plus corrompus en Afrique.  On détourne sans vergogne les deniers publics, parce qu’ici c’est l’argent en vitesse. Le manque d’emplois pour occuper la jeunesse ne peut pas seul expliquer le désir soudain de partir « derrière l’eau » (partir en Europe). Au point que notre pays est devenu la plaque tournante des candidats à l’immigration irrégulière. Ceux qui sont pris dans le tourbillon de l’immigration clandestine viennent en Côte d’Ivoire, selon des enquêtes pointues, dans la ville de Daloa,  se démènent pour avoir des papiers ivoiriens, et hop, c’est parti pour la traversée du Sahara pour gagner les pays de l’Afrique du Nord, notamment le Maroc, la Lybie, la Tunisie et à un degré moindre l’Algérie. Sauf que le voyage prend parfois des tournures cauchemardesques. Il n’y a pas longtemps l’esclavage aboli dans les temps anciens a ressurgi en Lybie. Au centre de ce commerce honteux, les Africains originaires du Sud du Sahara. Est-ce cela le bonheur ? Être déshumanisé de la sorte avant d’être propriétaire d’un immeuble en Côte d’Ivoire. A la jeunesse ivoirienne je m’en vais dire ceci : « le destin c’est le caractère ». C’est aussi une affaire de Dieu. J’en vois prêt à bondir sur moi. Qu’ils acceptent mon insistance avec Lamentation 3, verset 37 : « qui peut dire qu’une chose arrive sans que notre Seigneur ne l’ai ordonné ». Cela ne signifie aucunement qu’il faut croiser les bras et attendre son heure. Avoir du caractère, c’est faire ce qui est humainement possible, et attendre que celui qui nous a donné cette vie, décide de son orientation. A preuve, les 500 Ivoiriens qui ont décidé de rentrer au pays n’avaient jamais imaginé ce scenario. Revenir bredouille, sans avoir atteint l’objectif visé. C’est simplement que cela ne dépend pas que de nous. L’ambition est certes légitime ; mais mal contrôlé, elle devient nocive. Raison pour laquelle ces centaines de jeunes voient leur rêve brisé. Souhaitons leur akwaba, et exhortons-les à avoir une approche différente dans la réalisation de leur rêve.

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Par Tché Bi Tché

 

 

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