EDITORIAL : Bouteflika «débourguibisé », à qui le tour ?

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L’Afrique a jusqu’ici eu la triste réputation d’être le continent où les chefs d’Etat s’accrochent au pouvoir. Soit par soif inextinguible du pouvoir ; soit par jeu trouble des parrains occidentaux, à qui ils servent d’hommes liges pour des contrats léonins. Dans ce désert où la démocratie est un luxe, il se trouve, fort heureusement, disséminées, ça et là, des oasis qui donnent à espérer à des lendemains démocratiques sur le continent. Sur ce tableau, le Ghana de Jerry Rawlings fait fière allure. Et est régulièrement cité en exemple, voire comme un modèle qui enseigne et s’enseigne. Les choses avouons-le n’iront pas comme sur des patins à roulettes. Pour les raisons évoquées plus haut. Des forces centripètes ou centrifuges ralentiront le mouvement. Il appartient donc aux peuples de montrer leur détermination à faire bouger les lignes. Le peuple algérien vient de montrer la voie ou d’en emprunter à d’autres, comme le peuple burkinabé qui a réussi à faire tomber le trentenaire (27 ans au pouvoir) baobab Compaoré, qui n’a eu d’autres choix que de fuir vers un pays qu’il a jadis contribué à déstabiliser. Trop souvent, mu par des intérêts égoïstes ou par ceux de leur clan qu’ils cherchent à protéger à tout prix, des chefs d’Etat africains miment le chaos après eux. En tirant sur le ressort de la peur. L’ivresse du pouvoir aidant, ils font fi des lois de la nature, comme la régénérescence. En somme, ils défient, et les lois fondamentales qui prévoient généralement l’alternance, et les lois de la nature. Résultat : usés par le temps et le pouvoir, ils se maintiennent contre vents et marées, au prix de sang, voire de vies, de leurs compatriotes. Or, a dit l’autre, « le peuple mérite les gouvernants qu’il veut ». C’est dire que si le peuple caresse un profond désir de changement, il dispose de moyens légaux, tels les marches, les sit-in, les meetings, les journées ville morte, pour faire plier le plus impitoyable des tyrans. Le peuple algérien vient d’en faire la parfaite démonstration. « Il est venu par la grande porte, il sort par la fenêtre parce qu’il n’a pas su partir. L’histoire retiendra que le peuple l’a chassé », note avec une pointe d’amertume Fatma Mohamedi, une algérienne de 44 ans. Savoir partir, l’expression est lâchée. Feu Nelson Mandela l’a fait, alors que la Constitution de son pays lui permettait de faire encore un autre mandat de 5 ans. Devant le poids de l’âge, il a préféré cédé la place à plus jeune. Au moment même où il jouissait encore d’une popularité qui lui assurait une élection tranquille, une victoire « haut la main ». Savoir partir, c’est la problématique qui gouverne les palais sous les tropiques. Pourquoi ne donc pas se réjouir des signaux en provenance du Niger ? « Moi, je suis un démocrate dans l’âme, je n’ai pas cette arrogance de penser que je suis un homme providentiel irremplaçable » assure Mahamadou Issoufou, président du Niger. Pour joindre l’acte à la parole, son parti a déjà investi son successeur. Tenez-vous bien, à 2 ans de la prochaine présidentielle, en 2021. Quelle hauteur d’esprit ! Quel sens de l’Etat ! Cela n’a rien à voir avec le culte de l’occulte qui a cours sur les bords de la lagune Ebrié. Où les jours pairs, Alassane Ouattara jure la main sur le cœur qu’il ne sera pas candidat, qu’il faut passer la main à la jeune génération ; et que les jours impairs, il clame que la Constitution, « sa » constitution, celle de 2016, taillée sur mesure, lui permet de faire encore deux mandats. On ne cesse de le dire, le Président, le peuple et l’armée forment le trépied de la nation. Lorsqu’un de ces éléments vient à faillir, comme cela a été le cas en Algérie, où d’abord le peuple a fait défaut, ensuite l’armée, l’issue ne peut être que le sort réservé au tunisien Habib Bourguiba en 1987, « déposé » par l’armée. Aujourd’hui, c’est au tour de Bouteflika. Quel despote s’engouffrera dans ces sombres sillons ? A vos boules de cristal.

Tché Bi Tché

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