District du Zanzan /Lutte contre le trafic de l’anacarde : Ouattara Sotigui (président GIE- APAZ.) : « Nous ne devons plus contribuer à abattre notre vache à lait. »

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Ouattara Sotigui président du Groupement d’intérêt Economique des Acheteurs et Producteurs d’Anacarde du Zanzan (GIE- APAZ), à cœur ouvert, à travers cette interview, jette un regard sur la campagne anacarde 2021 écoulé et partage  sa détermination et son engagement pour la fin du trafic de l’anacarde dans le District du Zanzan.

Comment est-ce que vous êtes arrivé dans la filière anacarde ?

Après mes études et en tant que fils  de producteur d’anacarde, j’ai vite compris que c’est un business qui peut nourrir son homme mais qui était mal exploité de sorte qu’on n’en tirait véritablement pas profit. Et nous avons jugé bon de  nous investir pour y apporter notre contribution. Nous avons commencé tout doucement pour mieux connaître la filière d’abord, comme pisteur. Ensuite magasinier, acheteur physique, président d’une société  coopérative de producteur d’anacarde que nous avons créée avant d’être enfin  à cette responsabilité où je suis aujourd’hui : président du Groupement d’intérêt Economique des Acheteurs et Producteurs d’Anacarde du Zanzan (GIE- APAZ.). Chemin faisant, aujourd’hui nous pouvons faire la part des choses. Voir  que l’anacarde peut permettre de faire le développement. Et c’est la seule principale  ressource de rentabilité véritable de notre District du Zanzan qui peut  assurer son développement véritable. Et pourtant,  ce n’est pas le cas.

Qu’est- ce qui explique cela ?

Nous somme dans un pâturage où ils ont tué tous les bœufs qui y sont sauf une vache. Et cette vache qui reste,  ils ont extrait son  lait et ils sont prêts maintenant à l’abattre. Et c’est là que nous sommes sorti pour dire non ! Ce n’est pas possible. Nous ne devons plus contribuer à abattre notre vache à lait. C’est cette vache- là qui doit être entretenue,  qui doit donner du lait, faire la reproduction. Et c’est elle qui a permis à tous ces bœufs que vous avez tués dans ce pâturage d’exister. Donc aujourd’hui nous devons entretenir cette vache  en lui donnant de l’herbe, la soigner tout doucement afin qu’elle reprenne sa forme naturelle, commencer à faire la production de lait. Et avec l’argent du lait, nous allons acheter un mâle.  Et avec ce mâle, après accouplement, ils vont permettre de reconstruire le pâturage avec la naissance d’autres bœufs pour le bonheur de tous.

Soyez plus explicite.

Le District du Zanzan est une grande zone productrice d’anacarde en qualité et en quantité. Malheureusement, notre développement ne reflète pas en réalité nos potentialités. Cette année vers mi- avril, après une réunion avec le ministre d’Etat, ministre de l’agriculture et du développement rural, nous avons été choqué d’apprendre que c’est seulement 10 à 15.000 tonnes d’anacarde qui sont comptabilisés au port d’Abidjan là ooù notre production dépassait les 150.00 tonnes. Ce qui n’est pas normal et que nous avons trouvé injuste. Et nous ne pouvons pas nous appuyer sur cela pour faire le développement de notre zone. Ce n’est pas possible. Cela nous a fait prendre conscience que nous devons nous lever au risque de perdre nous-mêmes notre propre emploi. Et avec l’appui de certains de mes partenaires,  notamment le Groupement d’Intérêt Economique des Exportateurs Professionnels des Produits Agricoles (GIE-GEPPA), ils nous ont accompagnés vers la fin de cette campagne pour inverser les tendances en matière de tonnage livré au port d’Abidjan. Et c’est ce qui a été fait. Et au vu de cette confiance retrouvée, nous avons jugé bon de mettre une structure plus élargie  en place afin de pouvoir permettre véritablement de pouvoir comptabiliser toute la production du District du Zanzan. Et pour ce faire, très rapidement il a fallu mettre un comité et une organisation. Et c’est cette organisation qui m’a porté à la tête de cette structure qui est le Groupement d’intérêt économique des Acheteurs et des producteurs d’anacarde du Zanzan (GIE- APAZ).

Et pourtant cela n’a pas été facile ?

Pour réussir  toute organisation,  c’est adopter, prendre l’idée de tout le monde, accepter tout le monde. Ensuite, faire  l’état des lieux de ce que vous avez recueilli. Et enfin, prendre en compte tout ce que vous  jugez bon et  qui va pour le bien- être  de tout le monde. Et c’est ce que nous avons compris : On doit travailler pour le développement. D’abord nous-mêmes en tant qu’acheteurs, nous sommes aussi des acteurs de développement. Beaucoup ne le savent pas. Il faut  les sensibiliser à cela en les orientant et en les formants.  C’est très important. Aujourd’hui, vous voyez dans la zone de Bondoukou avec l’université qui est en plein chantier avec la zone industrielle, cela veut dire beaucoup de choses et nous interpelle aussi en tant que fils de cette localité. Il faut donc amener nos anciens de la filière anacarde  à prendre conscience et à démissionner des habitudes anciennes afin de travailler pour l’avenir de nos enfants et nos petits- enfants. Au vu de tout ce que l’Etat investit dans notre District du Zanzan, je crois que c’est avec les revenus surtout de l’anacarde et d’autres produits qu’il prend pour réaliser ces investissements. Il faut donc sensibiliser les uns et les autres afin qu’ils prennent conscience de tout cela. C’est important.

Parlant de la campagne qui vient de finir, quelle a été la situation réelle du marché au niveau de la commercialisation dans le  district du Zanzan ?

Nous disons merci à Dieu. Vers la fin de la campagne nous avons pu capter grâce à la structure que nous avons mise en place et notre partenaire le GIE-GEPPA, plus de 50.000 tonnes d’anacarde. Comme  les gens ont l’habitude de le dire, Abidjan n’a pas un bon prix et que c’est le Ghana qui est bon. Moi je leur disais que ce n’est pas vrai. Nous allons continuer dans la dynamique de l’expérience que nous avons eue vers la fin de la campagne qui  nous a permis d’avoir ces acquis. Nos partenaires qui étaient  à Abidjan, depuis quelques années,  la confiance était rompue parce qu’ils se disaient que quand on finançait les gens à Bondoukou, ils prenaient le produit pour aller le vendre au Ghana. C’est la raison de la perte de cette confiance de nos partenaires en nous. Dieu merci, j’espère que cette confiance est retrouvée avec la lutte que nous avons menée pour freiner la fuite des produits vers les pays limitrophes. Cela est en train d’accroitre cette confiance perdue et pousser les investisseurs  et  les exportateurs à reprendre toute leur place dont les premiers, le GIE-GEPPA notre principal partenaire en la matière. Nous ferons en sorte que la prochaine campagne avec un objectif essentiel, celui de mettre fin au trafic  anacarde avec  pour slogan, ‘’zéro fuite d’anacarde vers les pays limitrophes’’.

 

 

 

Qu’est- ce qui explique  le fait que  les gens refusent d’aller vers le port d’Abidjan et préfèrent faire  le trafic ?

C’est très compliqué. Après plusieurs enquêtes et analyses de la situation, nous avons abouti à une seule raison essentielle : le financement des acteurs dans le cadre de la commercialisation. Tout dépendait de la confiance qui était perdue avec nos principaux partenaires qui sont les exportateurs. Prés de 95 % des acheteurs ne sont pas financés pour aller vers le Port d’Abidjan.  Donc ils vont tous vers le Ghana  parce que c’est là- bas qu’ils reçoivent leur financement. Voilà pourquoi je disais tantôt que le Ghana n’a pas plus de prix que la Côte d’Ivoire. C’est parce que c’est la- bas qu’ils trouvent du travail à faire. Sinon,  ce n’est pas une question de prix. Si véritablement nos partenaires au niveau d’Abidjan comme le GIE-GEPPA avaient  pris à bras le corps notre cause et le problème de financement, je crois que vous allez vous  rendre compte tout de suite que ce phénomène allait disparaitre. C’est un manque de financement et je peux affirmer qu’aujourd’hui,  ça va grâce à notre partenaire le GIE-GEPPA qui a mis tout en œuvre afin que la question financière soit vraiment équitable pour tous.

C’est dire qu’il y a eu de véritables difficultés en début de campagne écoulée ?

Oui il ya eu de véritable difficultés : le trafic qui nous empêchait de travailler véritablement car la concurrence était rude du fait du manque de financement. Et ce n’était pas seulement du fait des enfants du Zanzan, mais toutes les zones productrices au niveau national convergeaient vers les pays limitrophes pour vendre leur production.  Le trafic est devenu un phénomène national. Nous en souffrons du fait que nous sommes à la frontière. Après plusieurs enquêtes, le conseil du coton et de l’anacarde avec les forces de défense et de sécurité afin de pouvoir trouver une solution à ce phénomène nous ont sollicités avec des partenaires pour discuter de ce problème- là. Et la solution était de financer et de trouver les voies et moyens pour freiner aussi la fuite des produits. Car c’est les deux choses qui vont ensemble. Pour une action financière, il faut une opposition financière pour la contrer. En proposant cette solution, cela a été bien compris et très rapidement quand nos partenaires du GIE-GEPPA ont réagi, automatiquement le trafic a freiné. Le constat est là. Et cela nous a permis de passer très rapidement à plus de 50.000 tonnes d’achat d’anacarde en quittant la zone de 10 à 15000 tonnes d’anacarde où on était logé. Les chiffres  parlent et  font comprendre à tous qu’on ne s’était pas trompé. Ce qui me fait dire que l’année 2022 sera vraiment une campagne anacarde avec pour slogan  « zéro fuite d’anacarde vers les pays limitrophes ». Depuis lors, nous travaillons nuit et jour afin que cet objectif soit atteint. Que nos frères comprennent que ce ne sont pas les  pays voisins qui vont construire nos écoles, nos routes, nos hôpitaux etc. C’est la Côte d’Ivoire. C’est en travaillant en Côte d’Ivoire et pour la Côte d’Ivoire. C’est en vendant nos produits ici afin que l’Etat de la Côte d’Ivoire prenne en main toutes nos revendications pour les réaliser.

Campagne 2022 ‘’zéro fuite d’anacarde vers les pays limitrophes’’, un objectif très ambitieux pour être réalisable ?

C’est vrai qu’un militaire ne définit pas sa stratégie de combat mais nous disons qu’en la matière, soyons réaliste en matière commerciale qui est un monde des affaires. Beaucoup d’intérêts sont en jeux. On le sait.  N’occultons pas le fait que 95% de nos frères vivent de ce trafic. Grâce à notre partenaire qui est le GIE-GEPPA, ces 95 % seront pris en compte dans notre structure, le GIE- APAZ en fonction de la capacité réelle de chacun dans le cadre du financement pour qu’ils travaillent non plus pour aller vers les pays limitrophes mais vers le port d’Abidjan. Bien sur avec des conditionnalités à remplir qui ne sont pas contrariantes. À ce niveau, nous nous sommes compris. Nous comptons beaucoup sur notre partenaire leader, le GIE-GEPPA. Il y a aussi d’autres partenaires qui sont en train de prendre toutes leurs places comme avant et qui font appellent  à leurs coopérateurs  en vue de la mise en place de cette structure pour  qu’on puisse mieux travailler à la campagne prochaine. Déjà pour le mois de décembre où les premiers produits tombent, nous sommes en négociation avec les responsables de la filière avec l’appui de nos partenaires  pour acheter ces premiers produits qui sont de très bonnes qualités qu’on estime à plus de 25.000 tonnes. C’est cette première production qui fait l’objet de beaucoup de convoitises et qui ouvre la voie au trafic.  Souffrez que je ne  vous dise pas tout car n’oublions pas que nous avons des adversaires. Le reste se constatera au moment venu en fonction de chaque réalité que nous connaissons et dont nous avons déjà les solutions.

N’avez-vous pas peur pour votre vie en voulant combattre tout ce beau monde impliqué dans ce trafic ?

Tout le monde sait que ce qui se passe n’est pas légal. Chacun à son niveau sait que ce qu’il reçoit comme ristourne n’est pas légale. Pour le développement du district du Zanzan et de la Côte d’Ivoire, nous sommes engagés. Dans ce cadre, plusieurs rencontres ont été déjà organisées pour faire comprendre à tous que chaque chose en son temps. Et le temps est venu de mettre fin à ce trafic qui nous dessert réalité.

C’est vrai qu’il y a la production qu’en est- t-il de la qualité qui commence à être décrié ?

Au niveau de la qualité cela ne posera pas de problème parce que par le passé, les exportateurs avaient jugé bon d’avoir des entrepôts  intérieurs qui existent encore avec des aires de séchoirs. A la réception des produits dans ces entrepôts, ils seront retraités avant leurs évacuations pour le Port d’Abidjan. Ils ont voulu eux-mêmes faire cette activité. Aussi, à la base, nos producteurs seront  sensibilisés en vue d’avoir cette qualité qui constitue notre label et qui fait notre fierté.

Avec la mise en place du  GIE-APAZ, à quoi doit-on s’attendre pour le district du Zanzan ?

Nous allons apporter beaucoup pour le développement de la Côte d’Ivoire en général et notre District en particulier. Beaucoup de projets sont en cours de réalisations par l’Etat et d’autres sont en veille. Les valeurs ajoutées qui se dégageront  au terme de la commercialisation de nos matières premières lignes désormais au niveau national permettront à l’Etat de mieux s’occuper de notre district. Un lobbying vers les industriels et les partenaires de la filière anacarde avec l’exploitation de la zone industrielle dédiée à l’anacarde va résoudre le problème de l’employabilité qui se pose à nos frères. Car, ce n’est pas normal d’avoir une production d’anacarde de plus de 150.000 tonnes pour qu’on parle encore de pauvreté dans notre District. Et nous avons désormais la solution à cette question qui est dans notre main : protéger et veiller sur les matières premières de notre District pour qu’elles soient vendues exclusivement  en Côte d’Ivoire. En matière  de perspectives au niveau du GIE-APAZ  pour des actions concrètes de développement, souffrez qu’on n’en parle pas maintenant. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. On vient de naitre et on revient de très loin.

Quel appel à l’ensemble des acteurs de la filière anacarde ?

Nous disons d’abord merci à toutes ces autorités en charge de la gestion de notre filière anacarde pour la confiance qu’ils ont placée à notre structure, le GIE- APAZ pour ce nouveau challenge qui a commencé par la lutte contre le trafic de l’anacarde. Nous voulons les rassurer pour notre engagement quant à l’éradication définitive de cette activité qui ne nous honore pas. C’est le lieu de lancer un appel à mes frères. Ayons une même vision. Nous voulons voir une Côte d’Ivoire rassemblée, solidaire et développer. Et cela commence par les Districts d’abord dont le nôtre. Le développement de notre District repose sur nous avec pour fer de lance l’anacarde. Seul, on ne réussira pas mais c’est ensemble, main dans la main qu’on pourra ramener l’ordre dans notre District dans le cadre de la commercialisation de l’anacarde. Encourageons les bailleurs de fonds et notre partenaire, le GIE-GEPPA à qui nous disons infiniment  merci,  à continuer d’investir dans notre District du Zanzan  pour que l’ensemble de nos besoins essentiels soit assurés et garantis.

Dorcas  Bédiakon  Afriyé

Correspondante  régionale

 

 

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