DECRYPTAGE : Ouattara face à son propre couteau

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L’actuel ministre de la Défense et Premier ministre Hamed Bakayoko, au plus fort de la crise post-électorale en 2010, déclarait qu’il était suicidaire pour le président Gbagbo d’essayer de s’opposer à la communauté internationale, dans la mesure où elle parvenait toujours, in fine, à ses fins. En d’autres termes, elle finissait par gagner.

L’arrestation de l’ancien président ivoirien le 11 avril 2011 par les forces françaises se présentait a posteriori comme la justification cette thèse usitée dans la case et défendue par le chef du gouvernement ivoirien. Et d’après cette thèse, il faut obéir au doigt et l’œil de la communauté internationale, si l’on ne veut pas qu’il se produise quelque chose de fâcheux. Mais voilà que dix ans après, les paradigmes semblent avoir brutalement changé. 

En effet, le clan Ouattara, dont l’une des figures de proue est le Premier ministre ivoirien, nie aujourd’hui à la communauté internationale la toute puissance qu’il lui conférait. Au point d’être sourd à ses  recommandations. 

Il n’est de secret pour personne que face à la montée des périls, l’Onu, la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), l’UA, la CEDEAO, la France, c’est-à-dire les mêmes protagonistes qui à coups de canon ont installé Ouattara au palais présidentiel en 2011, ont recommandé au régime RHDP une élection présidentielle transparente et inclusive. Cela signifie clairement qu’aucun candidat ne doit être exclu. Prosaïquement, les candidats Gbagbo et Guillaume Soro et tous ceux qui ont été injustement écartés par le conseil constitutionnel de la liste des candidats doivent être réintégrés. 

Non seulement cela n’est pas du goût du pouvoir, mais aussi et surtout, il considère cette recommandation comme une ingérence dans les affaires internes de la Côte d’Ivoire, mieux une atteinte à la souveraineté de ce pays. Pour cette raison, il n’est pas disposé à mettre en œuvre lesdites recommandations. 

Pour ainsi dire, Alassane Ouattara se trouve aujourd’hui face à son propre couteau, celui qui lui a servi à scalper le régime précédent. Une bien drôle situation. Et malgré ses rodomontades, il est condamné à faire ce qui lui est recommandé, au risque de se retrouver dans une situation bien compliquée pour lui.

En effet, Ouattara sait, ses ouailles avec lui, que si d’aventure son intransigeance débouche sur une crise grave, avec dizaines de morts, il devra répondre devant la justice internationale. 

Tout chef d’Etat qu’il est, il n’est pas exempté de poursuites de la Cour pénale internationale devant laquelle il a fait des mains et des pieds pour conduire son prédécesseur. Ses menaces voilées mais également claires, laissant deviner une répression de l’opposition qui a lancé bien mot d’ordre de désobéissance civile, sont de l’intimidation. Son régime et lui ne disposent d’aucun permis de tuer gratuitement. Et l’on sait désormais depuis 2011 en Côte d’Ivoire, qu’un président peut être happé et conduit à la Haye, à la prison de Scheveningen.

Par SITA OUATTARA

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