Côte d’Ivoire-Cocody-Angré : Une école transformée en fumoir

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S’il n’est pas encore en proie à l’insécurité mode « les enfants en conflit avec la loi », où l’on découpe à la machette, le Groupe scolaire Angré II et III, n’est pas non moins à la merci d’autres formes d’insécurité qui menacent enseignants et apprenants, au cœur d’un quartier de Cocody, réputé être la commune d’une certaine bourgeoisie. Enquête expresse !

A l’instar de la quasi-totalité des écoles publiques du pays, qui manquent de travaux de réfection, la faute à une crise militaro-politique, le groupe scolaire Angré II et III, à un jet de pierre du Terminus 81/82, à Angré, dans la commune de Cocody, n’échappe pas au poids du temps. Vitres brisées, plafonds en lambeaux, toitures perforées…Mais en dehors du commun, l’école a une particularité. Il s’y passe des choses étranges, plongeant élèves et corps enseignant dans une insécurité totale. « Pour aller aux toilettes, nous sommes obligées de transporter nos sacs, de peur qu’on les vole. On  a déjà enregistré des cas de vol. La clôture n’étant pas haute, les jeunes du quartier l’escaladent pour traverser la cour. Parfois, ils s’y asseyent pour deviser », souffle une institutrice qui a requis l’anonymat. « Des fois, les jeunes font n’importe quoi dans les salles de classe ou même dans la cour » glisse-t-elle. Et de préciser : « Quand je dis n’importe quoi, je fais référence à la drogue et au sexe ». Il est 13 heures ce lundi 6 mai 2019, lorsque nous arrivons au groupe scolaire Angré II et III, dans le périmètre du Terminus 81/82, dans la commune de Cocody. Le « chaud » soleil irradiait impitoyablement ses rayons. Mais l’enjeu, porter la voix de ce petit monde éducatif au sommet de l’Etat en valait le sacrifice. On est immédiatement frappé par la taille de la clôture. A peine 1 mètre de hauteur. Ce qui fait que tout ce qui se passe dans l’enceinte de ce lieu de savoir n’a pas de secret pour les passants. Autre fait notable, le portail de l’entrée principale s’est affaissée depuis des lustres et attend certainement une bonne volonté pour se tenir debout. Celui de l’entrée secondaire, bien que fixé, a besoin d’un serrurier pour filtrer les allers et venus des élèves et parents d’élèves, mais aussi, malheureusement, des badauds. A dire vrai, il ne sert à rien de mettre un portail, tant que la clôture reste en l’état, car la sauter ne demande pas d’effort.  A cette heure de l’après-midi, normalement les classes vaquent. Mais, des cris stridents d’élèves se font encore entendre. Ce sont ceux qui n’ont pu regagner les domiciles et qui attendent de reprendre les cours l’après-midi. Faute de cantine pour pouvoir les canaliser, ils sont livrés à eux-mêmes, avec tous les risques de jeux accidentogènes. « Pour pouvoir installer tout cela (cantine, ndlr),   il faut une certaine sécurité. Il faut qu’il y ait une clôture bien haute. Ensuite un portail, pour pouvoir penser à la cantine et autre. Notre principal problème, c’est la clôture » déplore Françoise Kouamé, la directrice d’Angré III. Si la clôture reste pour elle le problème majeur, il n’en demeure pas moins que l’école a besoin de réfection. Un coup d’œil dans les salles de classe laisse voir la toiture fissurée par endroit, le plafond qui a cédé face à l’usure du temps ou porte les traces de l’eau de pluie qui s’est infiltrée.   « Mon école a aussi un problème de toiture. Lorsqu’il pleut, les classes sont inondées » plaide-t-elle. Et ce n’est pas tout. La nuit tombée, l’école devient une « zone industrielle » de sexe et de consommation de drogue à ciel ouvert. Le gardien des lieux  confirme ses prises de bec récurrentes avec les jeunes du quartier environnant. « Tous les jours, je fais palabre avec eux », dit-il. Un tour dans le dos du bâtiment d’Angré III, et l’on est accueilli par une odeur nauséabonde, décomposition de matières fécales déposées  nuitamment par ceux qui voient dans cet espace une latrine.  « Notre clôture est très basse. Et la plupart du temps, les jeunes l’escaladent. Comme l’école est grande, d’un point, on ne peut pas remarquer la présence d’une personne étrangère. C’est notre problème ici » note la Directrice. A peine nous prenons congé d’elle que nous apercevons un jeune assis sur la clôture. Une présence qui est pour nous du pain bénit, car elle témoigne les dires de l’institutrice. Nous nous approchons et engageons le débat, après avoir décliné notre identité. Elvis K., c’est son nom, ne fait pas difficulté à échanger. « Je viens de manger un garba (semoule de manioc, ndlr). Je suis juste assis ici pour digérer et ensuite je rentre à la maison » assure-t-il. Lorsque, nous lui disons que l’école se plaint du fait que les jeunes du quartier profitent pour voler dans les classes et même faire des choses pas claires, notre interlocuteur coupe net: « Non, non, moi, je suis juste là pour prendre de l’air sous ce cocotier ».  Une chose est sûre, la taille de la clôture reste le catalyseur des vols et autres actes obscènes dans l’école.  La Directrice est d’avis que la surveillance des lieux revient à surveiller 25 casseroles sur du feu, à cause de la taille de la clôture et du nombre élevé de personnes étrangères qui se faufilent dans l’école. « Nous avons besoin d’aide pour garantir la sécurité de notre école » lance-t-elle, non sans révéler avoir plaidé auprès de la mairie de Cocody qui a fait la promesse de donner une suite favorable. L’Etat, dont c’est la responsabilité de veiller à la sécurité des personnes et des biens, surtout de ses édifices, est ici bruyamment interpelé.

Tché Bi Tché

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