11 avril 2011 : L’estocade contre la démocratie en Côte d’Ivoire…

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Ni l’instauration et le maintien artificiel de la partition du pays, ni le sabotage de l’opération de reconquête de l’intégrité du territoire national ivoirien, ni les tentatives de mise sous tutelle politique de la Côte d’Ivoire par les institutions aussi bien sous-régionales, continentales qu’onusiennes, ni les menaces directes contre la personne du Président Laurent Gbagbo, ni les innombrables tentatives de putsch avortées mais hélas souvent sanglantes n’ont suffi à déstabiliser et à obtenir l’implosion du pays.

Alors qu’un vaste complot est ourdi. Ceux qui l’ont inspiré et conduit ont réussi le tour de force d’étouffer leur propre conscience ; dernière chance de revenir à la raison.

Les pressions politiques et économiques d’une violence rarement égalée poussent à une élection présidentielle piégée. Non seulement le pays est divisé, mais ceux qui y détiennent les armes illégalement sont des personnes qui ignorent totalement les principes juridiques d’une guerre. En effet un soin particulier a été mis à désarmer méthodiquement le pays à coup d’embargos. Paradoxalement ces mesures sur l’accès aux armes létales ne concernent pas dans les faits la rébellion entretenue et installée dans le nord du pays. En réalité, cette élection présidentielle ainsi réclamée est destinée à porter l’estocade finale au régime du Président Laurent Gbagbo. Il lui est reproché de refuser les diktats de l’extérieur et de vouloir travailler à la souveraineté pleine et entière de son pays. Rappelons au passage que là réside l’essentiel du programme sur lequel il a été élu. Cette élection présidentielle à laquelle on pousse ainsi le pays, envers et contre tout, ressemble à un rouleau compresseur conçu pour rassurer certains observateurs des relations internationales dont beaucoup expriment sans doute dans leurs publications ce que ne disent pas encore ouvertement les ennemis du régime de Laurent Gbagbo. Ces derniers s’inquiètent en creux de la prise de conscience de plus en plus affirmée de quelques dirigeants africains dont Laurent Gbagbo est en train de devenir la tête de proue. En témoigne l’essai de Stephen Smith et Antoine Glaser : Comment la France a perdu l’Afrique. Ce livre sonne comme un avertissement aux responsables politiques occidentaux et, au-delà, à tous ceux qui pensent comme eux. Pour donner un signal fort à ceux qui rêvent de souveraineté en Afrique, remettre la main sur la Côte d’Ivoire devient un enjeu stratégique central.

Hélas pour eux, malgré les précautions prises, les résultats de l’élection présidentielle donnent perdant le candidat choisi par l’occident (ainsi qu’il s’en réclamera d’ailleurs lui-même quelques années après avoir été installé). Mais l’enjeu était si considérable qu’il fallait absolument porter le coup de grâce au régime de Laurent Gbagbo en le châtiant fermement au passage. C’est le moment de rappeler ce que d’aucuns, dont Jacques Chirac, soutenaient, à savoir que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie. Ce à quoi Nicolas Sarkozy fera écho en 2007 à Dakar en affirmant devant un parterre d’élites africaines sans réaction : « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

Sur ces fondements idéologiques d’un autre temps, ce qui s’est produit le 11 avril 2011 à Abidjan était hélas prévisible. Adossé aux forces internationales coalisées dont des voisins africains de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara ordonne d’abord le siège de la résidence du Président Laurent Gbagbo qui était en compagnie de pas moins d’une centaine de personnes. Sous la pression du chef politique des rebelles, Guillaume Soro, Alassane Ouattara demande et obtient des USA et de la France des frappes décisives sur la résidence de Laurent Gbagbo. La couverture juridique de la résolution 1975 inspirée, écrite et appuyée par la France ouvre la porte aux MI-24 de l’ONUCI qui étaient pourtant là officiellement pour contribuer à la paix ainsi que les hélicoptères Gazelle et Puma français. Ils noient littéralement le palais présidentiel sous leurs bombes. Ces forces ignorent ainsi les soi-disant accords de défense entre la France et la Côte d’Ivoire. Mais la résistance est farouche. Alors, sans mandat aucun, les forces françaises stationnées à Port-Bouët prennent le relais avec leurs chars Sagaie et autres engins de mort pour obtenir la reddition tant espérée de Laurent Gbagbo.

Ce matin du 11 avril 2011 marque en lettres de feu et de sang la fin de l’hypocrisie occidentale qui critique vertement les dictatures africaines mais qui refuse dans le même temps de laisser prospérer la démocratie sur le continent. Ce matin du 11 avril 2011 donne paradoxalement raison à l’homme d’état Laurent Gbagbo. Répondant justement à un journaliste français, il disait à peu près ceci : ce n’est pas parce que vous nous réclamez la démocratie que nous devons la faire. Nous la faisons parce que nous en avons besoin… la diversité des systèmes locaux de gouvernance nous impose la démocratie comme moyen pour construire l’unité de nos jeunes nations.

Ce 11 avril 2011, le feu et la fureur des puissances occidentales pour qui souveraineté et démocratie ne riment pas avec Afrique se sont mis en action pour installer de force un régime illégitime dans le sang des Ivoiriens. Il s’agit de garantir toujours et toujours leurs sources d’approvisionnement au détriment des populations locales. Celles-ci ne doivent pas se prendre à rêver d’un autre désir d’avenir que celui d’esclaves perpétuels condamnés au rôle de producteurs de matières premières. Il s’agit de garder à ce pays le statut colonial de territoire d’exploitation moyennant quelques infrastructures cache-misère. Les chiffres de la croissance économique qui sont brandis à longueur de discours sont destinés à dissimuler en réalité la souffrance des populations au nom desquelles ces « tourbillons » de milliards sont empruntés sans que la majorité d’entre elles n’en profitent dans les faits. Il s’agit de créer, par l’apparence de ces sommes gigantesques qui ne font que transiter par le pays, l’illusion démesurément amplifiée d’une solidité économique sans précédent.

Il y aura naturellement un avant et un après 11 avril 2011 dans la marche inexorable de la Côte d’Ivoire vers sa souveraineté retardée. Mais pour cela, il faut que chacun s’en souvienne et en prenne sérieusement conscience pour agir en conséquence.

Raphaël DAGBO

Président de l’Association des Amis de Laurent GBAGBO

Le 11 avril 2020

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